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Agriculture : des moutons et des vignes

Troupeau de mouton au milieu des vignes - Crédit : Cyrille Sevin

Troupeau de mouton au milieu des vignes

Crédit : Cyrille Sevin

La monoculture ne favorise pas la biodiversité de nos champs. Pour améliorer la situation, l’écopâturage apparaît comme un compromis agricole fructueux. À mi-chemin entre le château de Cheverny et le château de Chambord, les rangs de vignes de Cyrille Sevin ont ainsi accueilli, pour la troisième fois l’hiver dernier, un troupeau de moutondeuses.

Vigneron indépendant à Mont-près-Chambord (Loir-et-Cher) depuis 2007, Cyrille Sevin produit des vins sans ajout de levure sèche. Mais ce qui fait l’originalité de sa production depuis trois hivers, ce sont les invités de ses rangs de cépages certifiés Agriculture biologique. Souhaitant combattre les travers de la monoculture sur ses 10 hectares de terres, l’agriculteur fait venir, chaque hiver depuis 2017, un troupeau de moutons. Il raconte : « J’ai un collègue qui est éleveur en agriculture bio et à qui j’achète du mouton régulièrement. De quelques blagues à l’origine, les bêtes ont, de fil en aiguille, fini dans mes parcelles. Le but était vraiment de remettre l’animal dans l’exploitation et d’apporter de nouveau de la biodiversité au cœur de mes parcelles ».

Petit à petit, la biodiversité (re)fait son nid

Si les résultats de cette initiative ne sont pas encore complètement visibles, nul doute que le travail des brebis porte ses fruits. D’une part, les crottes des moutons enrichiraient naturellement les sols, à tel point que Cyrille Sevin a changé ses pratiques de culture. « Jusqu’à l’année dernière, je travaillais à l’aide d’un engrais vert, un mélange de céréales et de légumineuses que je semais dans mes rangs et que je réincorporais au sol au printemps. Avec la présence des moutons, mes vignes ont été d’une vigueur presque trop importante ! Je me suis dit qu’ils apportaient suffisamment de fumure et je me suis donc complètement passé d’engrais cette année », détaille-t-il. Par ailleurs, les agnelles jouent un rôle de tondeuse naturelle. Elles facilitent le travail de décavaillonnage et repoussent considérablement la fauche, source de pollution et de stress pour les espèces végétales comme animales, insectes et oiseaux notamment.

Une initiative à développer

Tirer profit de l’écopâturage semble donc être un pari presque sans risque. Encore faut-il entretenir le bien-être du troupeau de moutons et réunir certaines conditions. Selon Cyrille Sevin : « Il faut déjà ne pas avoir peur de l’herbe avant de faire rentrer les bêtes dans la parcelle, car il faut bien leur donner à manger. Ensuite, le mouton ne mange pas de tout : il se nourrit de végétation bien tendre et fraîche, le sol ne doit donc pas être débordé par des plants invasifs. La parcelle doit être propre et non en friche ». Bien que cette pratique ne soit pas adaptée pour des parcelles exiguës, le vigneron assure que « tous les arboriculteurs, ceux qui cultivent du fruit, peuvent développer cette pratique et même laisser les moutons à l’année, car les arbres sont plus hauts que les plants de vignes ». Et de conclure : « Autour de moi, la pratique se développe. L’introduction de l’animal dans les vignes et les champs, c’est forcément un bon signe pour la biodiversité ».