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Avec Agribiodrôme, mésanges et chauves-souris au chevet des cultures

Mésange bleue - Crédit : Thierry Degen / Terra

Mésange bleue (Cyanistes caeruleus) avec une chenille dans le bec

Crédit : Thierry Degen / Terra

Des milliers de nichoirs et d’abris ont été installés dans les exploitations de la Drôme et au-delà, pour aider les agriculteurs à se débarrasser des insectes ravageurs. Une initiative portée par Agribiodrôme, une association qui accompagne le changement des pratiques agricoles et alimentaires.

Voraces, les pipistrelles sont des chauve-souris qui peuvent consommer en une seule nuit 3 000 insectes variés, soit la moitié de leur poids plume. Quant aux mésanges (bleues et charbonnières), un couple peut se repaître de 18 000 insec­tes divers pendant la période de nichée, qui dure entre un mois et un mois et demi et se répète jusqu’à trois fois par an. Leur appétit insatiable fait de ces animaux d’excellents auxiliaires pour réguler les populations d’insectes dans les cultures et limiter les traitements. « Pour les agriculteurs, c’est une solution technique de gestion des insectes, à condition d’avoir une densité de 10 nichoirs à mésanges et de 10 abris à chauves-souris par hectare », explique Brice le Maire, agronome au sein d’Agribiodrôme, qui a installé depuis 2016 plus de 5 000 nichoirs à mésanges et abris à chauves-souris dans la vallée du Rhône, dont 3 000 environ dans la Drôme. Les trois-quarts des exploitations qui ont adopté ces dispositifs sont en agriculture biologique, la moitié sont des vergers, l’autre des vignes.

Des prédateurs généralistes

Les espèces sont complémentaires : les mésanges sont présentes dans tous les écosystèmes (vignes, vergers…). Ce sont des prédateurs généralistes, qui consomment les insectes au stade rampant (pucerons, carpocapses, chenilles ou vers de grappe dans les vignes) et travaillent constamment, réduisant ainsi la pression globale des insectes. En hiver, la mésange peut explorer jusqu’à 1 000 arbres chaque jour pour chercher sa nourriture. Quant aux trois espèces de pipistrelles (pygmée, de Kuhl et commune), généralistes elles aussi, elles chassent les insectes au stade volant et officient la nuit.

Un écosystème plus résilient

Construits par Brice le Maire et parfois les agriculteurs lors de chantiers participatifs, les nichoirs (un simple tube en PVC ou en bambou pour les derniers) et les abris (de simples planches de bois) sont répartis sur l’ensemble des parcelles, à hauteur d’homme sur des arbres, des ceps de vignes ou des poteaux, et géolocalisés. En fin de saison, Brice le Maire fait un relevé pour voir s’ils ont été occupés. « Ils le sont en moyenne à 50 %, et de plus en plus au fil du temps : le taux d’occupation, entre 10 et 20 % la première année, s’établit à 80 % au bout de trois ou quatre ans ».

L’agronome dresse un bilan positif. « Les agriculteurs bénéficient d’une consommation gratuite d’insectes. Les traitements sont diminués voire abandonnés, les pullulations sont limitées. Certains constatent moins de pression des pucerons et surtout ils ont une forme de satisfaction de travailler à un écosystème plus résilient et à la préservation de la biodiversité en milieu agricole. Pour eux, et en particulier pour le quart des exploitations en agriculture conventionnelle équipées, c’est un vrai pas de côté », se réjouit Brice le Maire, qui croule sous les demandes au-delà de la Drôme.