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Biomimétisme : s'inspirer du vivant pour mieux innover

Exemple de bio-inspiration : les propriétés adhésives des pattes de geckos

Exemple de bio-inspiration : les propriétés adhésives des pattes de geckos

Crédit : Olivier Brosseau / Terra

À l’heure du changement climatique et de la crise écologique liée à la surexploitation des ressources naturelles, les regards se tournent vers le monde vivant pour inspirer la société de demain. Entretien avec Kalina Raskin, directrice générale du Centre d’études et d’expertises dédié au déploiement du biomimétisme en France (Ceebios).

Qu’est-ce que le biomimétisme ?

Kalina Raskin - Nous vivons actuellement une période complexe frappée par une crise environnementale qui remet en question nos modes de production et de consommation. Dans un tel contexte, le biomimétisme est une opportunité de développement responsable : il consiste à étudier le monde vivant pour s’inspirer d'innovations sélectionnées par 4 milliards d’années d’évolution, et ainsi mieux répondre aux objectifs de développement durable. Le biomimétisme peut prendre des formes très variées : imiter les formes ou les structures de la nature, copier les matériaux ou encore reproduire le fonctionnement des écosystèmes, par exemple. Il s’agit en revanche toujours d’adopter concrètement une approche davantage biocompatible, peu importe le domaine considéré (énergie, santé, gestion des déchets, habitat, informatique, transports, agriculture, etc.).

Depuis quand la bio-inspiration existe-t-elle ?

Kalina Raskin - C’est une approche très ancienne, difficile à dater scientifiquement. Nos ancêtres regardaient déjà comment le vivant chassait pour améliorer leurs techniques de chasse ! Mais c’est Léonard de Vinci qui en fut le pionnier reconnu, il y a cinq siècles, avec la création de ses machines volantes inspirées de la chauve-souris. Lors de l’ère industrielle, la bio-inspiration s’est imposée rapidement dans deux grands domaines : l’aéronautique et l’informatique. Depuis, elle s’est diffusée dans d’autres secteurs d’activités comme la santé ou l’architecture, pour finalement exploser ces quarante dernières années en intégrant progressivement la dimension de développement durable.

Comment « fait-on » du biomimétisme ?

Kalina Raskin - La démarche biomimétique est, par essence, multidisciplinaire, à l’interface entre les sciences biologiques et d’autres champs des savoirs et techniques. Construire des projets dans ce cadre implique donc un dialogue entre une grande diversité d’acteurs (biologistes, designers, ingénieurs, start-up, architectes, philosophes), eux-mêmes capables de jouer le rôle de médiateurs entre toutes ces disciplines. Le plus gros frein au développement du biomimétisme est donc méthodologique et culturel car, aujourd’hui, trop peu de biologistes sont mobilisés pour faire bénéficier d’autres disciplines de leurs connaissances.

À quoi sert concrètement le biomimétisme aujourd’hui ?

Kalina Raskin - Les applications du biomimétisme sont de plus en plus nombreuses ! Dans le domaine de l’énergie, l’imitation du processus de photosynthèse des plantes nous permet par exemple de produire de l’hydrogène, un des grands objectifs de la transition écologique. Dans le domaine des matériaux, des travaux étudient les techniques de refroidissement des ailes de certains papillons, les morphos, pour réaliser des dispositifs de refroidissement des panneaux solaires afin d’augmenter leur rendement. Enfin, dans le domaine de l’agriculture, l’observation des écosystèmes forestiers a permis de développer la permaculture, un concept agricole durable basé sur les interactions naturelles entre espèces. Le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) possède également ses propres applications en biomimétisme dont le développement s’accélère fortement.

Quels sont les prochains objectifs pour développer le biomimétisme en France ?

Kalina Raskin - Au sein du Ceebios, nous avons identifié deux objectifs prioritaires. Le premier est de faciliter l’accès aux données biologiques et d’accélérer le transfert des connaissances vers d’autres disciplines par la création de nouveaux outils. Ainsi, un programme ambitieux devrait voir le jour dès 2021, en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle. D’autre part, il faut former la société. Dans ce cadre, il y a un énorme enjeu à la fois dans l’enseignement supérieur pour faire émerger de nouveaux cursus spécialisés, mais aussi dans la formation intra-entreprise pour sensibiliser davantage les équipes au biomimétisme et à la pluridisciplinarité.

Nature = Futur ! Biomimétisme, le vivant comme modèle

Bio-inspirée, une autre approche : l’exposition de la Cité des sciences et de l’industrie

Nouvelle exposition permanente installée en partie dans la serre, Bio-inspirée, une autre approche s’attache à expliquer cette démarche scientifique respectueuse du vivant, à travers un parcours où le visiteur découvre comment fonctionne le vivant et comment on peut s’en inspirer. À côté de trois écosystèmes reconstitués pour l’exposition et riches de nombreuses espèces animales et végétales, des dispositifs interactifs, des jeux, des maquettes, des histoires à écouter et des vidéos aident à comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le vivant et montrent les nombreux domaines d’application de la bio-inspiration. Il s’agit de présenter au public les voies multiples et prometteuses du biomimétisme, développées par des chercheurs et des industriels, pour assurer l’alimentation des humains, sortir des énergies fossiles, inventer une nouvelle chimie, repenser notre habitat, prévoir la résilience de nos outils numériques, reconsidérer nos modes de vie, voire remodeler nos sociétés.