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Concilier urbanisme et biodiversité

Un écoquartier - crédit : Arnaud Bouissou / Terra

Un écoquartier

Crédit : Arnaud Bouissou / Terra

L’urbanisation menace la biodiversité. Les villes en croissance grignotent peu à peu les espaces naturels et agricoles, artificialisant et imperméabilisant toujours plus les sols. Peut-on construire sans détruire, aménager en ménageant la biodiversité ?

« Notre parc est né en réaction à la construction de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines », se souvient Yves Vandewalle, président du parc naturel régional (PNR) de la Haute Vallée de Chevreuse. De 23 communes à l’origine, le parc est passé à 53, réparties sur près de 65 000 hectares constitués à 90 % d’espaces naturels ou agricoles. Bien que faiblement urbanisé, le territoire du parc naturel régional n’échappe pas à la convoitise des aménageurs. Pour permettre la construction tout en limitant l’étalement urbain et en préservant les fonctions des écosystèmes, le parc s’appuie sur sa Charte, dont il a fait un outil d’urbanisme. « Notre Charte est adossée à un plan précis, dressé par nos naturalistes à partir de leur connaissance du terrain. Ce plan identifie les espaces à protéger et s’impose aux documents d’urbanisme locaux », souligne le président du PNR.

Pour les 15 années à venir, le plan du parc a ainsi fixé le potentiel d’urbanisation à 300 hectares, contre 700 dans sa version précédente. Pour autant il n’interdit pas de construire. « Quand le groupe Pernod-Ricard a souhaité réaliser des travaux dans son domaine de La Voisine, le parc a attiré leur attention sur la fragilité de la prairie humide du site. Les architectes ont revu leur copie et construit les nouvelles installations du centre de conférence sur pilotis afin de laisser l’eau circuler librement. Aujourd’hui, le groupe peut se féliciter d’avoir réalisé un aménagement écologique », poursuit Yves Vandewalle. Une expérience semblable se déroule dans le village du Perray-en-Yvelines où un écoquartier sur pilotis est en train de voir le jour. « Seuls 7 hectares sur les 20 que compte le site seront construits, ce qui permet de concilier réalisation de logements sociaux et maintien de la continuité écologique » souligne le président du PNR de la Haute Vallée de Chevreuse.

De la biodiversité là où on ne l’attend pas

Nature et urbanisme ne s’opposent pas nécessairement. Ainsi, les zones aéroportuaires, considérées comme artificialisées, sont souvent de vastes réservoirs de biodiversité. « À Orly, plus de la moitié de notre emprise au sol est constituée de prairies », indique Sylvain Lejal, responsable système de management environnemental aires aéronautiques à l’aéroport Paris-Orly. Depuis 2015, l’aéroport n’utilise plus de produits phytosanitaires et a adopté un plan de gestion des fauches, renonçant à la tonte à ras systématique. « Depuis 3 ans, le nombre de collisions avec des oiseaux baisse chaque année de moitié », remarque le gestionnaire environnemental. Une raison de plus pour protéger ces prairies aéroportuaires, un combat porté par l’association Aéro-biodiversité qui inventorie la biodiversité qu’elles abritent.

Des espaces moins remarquables que les parc naturels régionaux ou les aéroports s’efforcent aussi de concilier urbanisme et biodiversité, cherchant un équilibre délicat entre deux injonctions contradictoires : la densification et la désartificialisation. Comme le remarque Philippe Clergeau, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et spécialiste d’écologie urbaine : « La biodiversité ne doit pas être seulement un accessoire indispensable à l’urbanisme comme l’éclairage public, mais un véritable élément de planification au même titre que la mobilité »