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Connaître la biodiversité : une nécessité pour la protéger

Podoserpula miranda, un champignon spectaculaire découvert en Nouvelle-Calédonie en 2009 - Crédit : Marc Ducousso

Podoserpula miranda, spectaculaire champignon découvert en Nouvelle-Calédonie en 2009

Crédit : Marc Ducousso

Deux nouvelles espèces sont découvertes chaque jour sur le territoire français. Pourtant, la diversité des espèces qui nous entoure reste mal connue, rendant la préservation de la biodiversité d’autant plus complexe. Entretien avec Pascal Dupont, chef de l'équipe Connaissance des espèces à l'unité mixte patrimoine naturel (Office français de la biodiversité, CNRS, Muséum national d'histoire naturelle).

La biodiversité cache encore bien des secrets. Comment cela se fait-il ?

Pascal Dupont : Effectivement, on connaît relativement bien les groupes taxonomiques au sein des vertébrés (notamment les mammifères) et de certains insectes (papillons et libellules). Néanmoins, une large part de la diversité des espèces reste peu étudiée. La raison est simple : nous manquons d’experts. Par exemple, nos connaissances sont incomplètes en outre-mer, lieu de résidence de près de 80 % des espèces françaises. Dans ces régions, généralement riches en espèces endémiques*, certains groupes d’invertébrés, comme les acariens par exemple, n’ont été que peu étudiés. C’est aussi le cas de la biodiversité marine pour laquelle les experts, les échantillons et les analyses font défaut, notamment dans les milieux profonds, difficiles d'accès.

* espèce endémique d'un territoire : espèce dont l’ensemble des populations ne se trouve que dans ce territoire. Par exemple, l’iguane des Petites Antilles (Iguana delicatissima) vit exclusivement dans les Petites Antilles, rencontré nulle part ailleurs sur Terre.

Pour pallier ce manque de connaissance, de quels outils disposez-vous ?

Pascal Dupont : L'outil numérique du Global Biodiversity Information Facility (GBIF) a été créé pour mieux structurer la diffusion de la connaissance sur la biodiversité à l’échelle mondiale. Cet outil permet l’échange de données et donc un enrichissement très important de la connaissance sur la biodiversité de nos territoires. Par ailleurs, l’avènement de nouvelles techniques en biologie moléculaire nous permet d’avancer plus vite. On peut aujourd’hui séquencer très rapidement le génome de beaucoup d’espèces et ainsi démontrer leur diversité dans l’environnement. L’étude de l’ADN environnemental est une technique nouvelle qui permet de mieux décrire la diversité des espèces des sols, par exemple.

Une fois les données collectées, en quoi consiste votre travail ?

Pascal Dupont : Chaque année, près de 690 nouvelles espèces sont décrites en France. Les regrouper en base de données est important, mais le plus intéressant reste d'appréhender le rôle des espèces dans le fonctionnement des écosystèmes pour mieux comprendre comment elles se structurent en communautés. Pour cela, nous établissons des priorités d’actions sur les groupes d’espèces clés des écosystèmes pour lesquels les données existent. Enfin, en partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), nous gérons continuellement la base de données de la Liste rouge des espèces menacées, un outil clé pour élaborer des stratégies gouvernementales de conservation et stimuler la recherche.

L’étude de la biodiversité n’est-elle qu’une affaire de scientifiques ?

Pascal Dupont : Loin de là ! Les programmes de sciences participatives représentent un axe très important pour améliorer la connaissance et combler le manque d’experts. En faisant participer le grand public sur des protocoles intelligents (avec Vigie-nature, par exemple), on obtient une grande qualité et quantité d’informations sur la répartition des espèces communes sur le territoire national. Mais cela va bien au-delà. Les participants changent leurs comportements, contribuent à l’amélioration de la connaissance sur la biodiversité et deviennent, à leur façon, des spécialistes de la biodiversité qui les entoure.