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Covid-19 : des impacts contrastés pour la biodiversité

Parc urbain désert - crédit : Arnaud Bouissou / Terra

Parc urbain désert

Crédit : Arnaud Bouissou / Terra

Les récents épisodes de confinement ont constitué partout dans le monde une parenthèse inédite pour la biodiversité. La Cambridge Conservation Initiative (CCI) s’est proposée d’établir un vaste état des lieux des impacts de la pandémie de Covid-19 sur la biodiversité et la préservation de la nature. Entretien avec Philippe Puydarrieux, économiste principal des ressources naturelles au siège mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), partenaire de l’étude.

Quelle est l’ambition de cette étude ?

Philippe Puydarrieux - Durant le confinement, nous avons tous fait le constat que la nature connaissait un moment de répit : il y avait moins de trafic aérien, de circulation de véhicules et de pollutions de toutes sortes. La Cambridge Conservation Initiative (CCI) est un partenariat d’institutions qui travaillent pour la conservation de la nature au plan international ; l’UICN y est associée et dispose de son propre réseau d’experts. Il nous a paru important de nous unir pour dresser un état des lieux international, à ce stade, des répercussions de la pandémie sur les différentes dimensions de la conservation de la nature. C’est-à-dire de ne pas se focaliser uniquement sur les aspects positifs, mais aussi sur les aspects négatifs, et de prendre en compte les temps de confinements, de déconfinements, voire de reconfinements.

Parmi les impacts que vous avez recensés à ce jour, quels sont les plus notables ?

P. P. - D’abord, une réduction du commerce des espèces sauvages à la suite des mesures d’interdiction prises dans certains pays. Ces interdictions restent néanmoins très sélectives ; en Chine, le commerce d’animaux lié à la médecine traditionnelle est par exemple resté autorisé. La durée d’application de ce type de mesure reste incertaine : il y a un risque de retour en arrière dès lors que la situation sanitaire s’améliore.

Ensuite, une modulation des pollutions. Le confinement quasi mondial a entraîné une chute temporaire mais importante des émissions de gaz à effet de serre. À l’inverse, on peut s’attendre à une augmentation de la pollution plastique dû à l’usage accru de matériel médical à usage unique (gants, masques, etc.). La réduction des activités industrielles et des transports a aussi été à l’origine d’une baisse considérable de la pollution sonore et lumineuse qui perturbe le cycle de vie des animaux. Là encore, les modalités de reprise des activités humaines restent déterminantes.

Enfin, la menace pesant sur les aires protégées. Avec la fermeture des frontières et la diminution des vols commerciaux, certains pays rencontrent des difficultés à maintenir le financement des parcs nationaux, largement basé sur le tourisme international. Résultat : certaines patrouilles de surveillance ont été réduites, voire supprimées, et une augmentation du braconnage a d’ores et déjà été observée.

Comment inscrire les impacts positifs dans la durée ?

P. P. - Les menaces qui pèsent sur la biodiversité sont de cinq sortes : la destruction et la fragmentation des habitats naturels, les pollutions, la dispersion des espèces exotiques envahissantes, la surexploitation des ressources naturelles et le changement climatique. Ces causes sont liées aux activités anthropiques ; chacun peut donc agir directement ou indirectement sur la biodiversité. Par exemple, choisir des produits plus respectueux de l’environnement (filières bio ou durables certifiées), favoriser le recyclage et la réutilisation des produits pour limiter la pollution liée aux déchets, opter pour le télétravail afin de réduire les déplacements ou encore choisir des énergies plus durables. L’action en faveur de la conservation de la nature sera au cœur des débats du Congrès mondial de la nature de l’UICN en 2021.

En cas de deuxième vague de la pandémie, à quoi doit-on s’attendre pour la biodiversité ?

P. P. - Nous sommes dans un contexte d’incertitude par rapport à la possibilité d’une deuxième vague mais aussi par rapport aux mesures qui seront mises en œuvre par les gouvernements. Les impacts sur la biodiversité vont aussi dépendre de la durabilité des effets de la pandémie sur certains secteurs économiques (transport et énergie, notamment) : une diminution de ces activités entraînerait de fait une pression moindre sur la nature. Enfin, le risque lié à la mauvaise gestion des déchets de plastique et à la pollution qu’ils engendrent impose une extrême vigilance. Il en va de même pour le risque accru de braconnage.