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Entretien avec Jacques Fretey et Patrick Triplet, co-auteurs du rapport Tortues marines

Tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et récifs coralliens aux Maldives

Tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et récifs coralliens, Maldives

Crédit : Andrey Armyagov / Shutterstock

Tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et récifs coralliens, Maldives

Aujourd’hui, six des huit espèces vivantes de tortues marines sont menacées ou gravement menacées. Elles subissent des pressions environnementales de plus en plus fortes, majoritairement causées par l’Homme.

Les experts Jacques Fretey et Patrick Triplet estiment qu’un environnement sain est fondamental pour la protection des tortues. Ainsi, lier leurs recherches avec la convention internationale sur les zones humides (convention de Ramsar) était une évidence.

Les experts

Jacques Fretey

Expert des tortues marines de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN) et du Ministère de l’Ecologie. Herpétologue (spécialiste des reptiles et amphibiens). Jacques Fretey a notamment étudié les pontes de la tortue Luth en Guyane, lors de ses recherches pour le Muséum National d’Histoire Naturelle.

Patrick Triplet

Biologiste, docteur en écologie animale, directeur de la réserve naturelle nationale de la Baie de Somme, expert scientifique auprès de la Convention de Ramsar. Il a notamment travaillé pour l’Office national de la Chasse

Quels sont les dangers qui menacent les tortues marines ?

JF : Quand j’ai commencé à étudier ces espèces et cherché à les protéger, la menace venait du pêcheur villageois des pays tropicaux caribéens où je travaillais, qui tuait les tortues pour la viande et leur carapace, braconnant leurs nids.

Aujourd’hui les menaces sont plus nombreuses, mais aussi plus insidieuses : érosion des plages à cause des ports en eaux profondes, urbanisation et pollutions des côtes. Demain le réchauffement climatique avec montée de la mer supprimant des plages de ponte, la féminisation des populations en raison du déterminisme du sexe des embryons par la température, le bouleversement de régularité de la saisonnalité de la reproduction affecteront aussi ces populations…

Qu’est-ce qu’un site Ramsar ?

PT : C’est une zone humide considérée comme d’importance internationale. Il s’agit donc d’une reconnaissance et non d’une mesure contraignante en tant que telle. Les États sont responsables de la bonne conservation de ces zones humides. Les zones humides jouent un rôle critique pour la biodiversité : elles accueillent plus de 100 000 espèces d’eau douce connues. Vitales pour les amphibiens et les oiseaux nicheurs et migrateurs, elles sont pourtant menacées : 64 % des zones humides de la planète ont disparu depuis 1 900.

La Convention de Ramsar cherche à susciter l’intérêt du public sur le sujet des zones humides pour le sensibiliser de manière plus globale aux enjeux environnementaux.

Nous avons pris conscience de l’importance d’améliorer les habitats des tortues avant de chercher à les protéger en tant que telles.

Jacques Fretey

Et maintenant ? Quelles sont les prochaines étapes de votre travail ?

PT et JF : Notre ambition est la suivante :

  1. Encourager les États à classer des sites que nous avons suggérés ;
  2. Entrer dans les détails concernant la situation des habitats des tortues marines dans l’Outre-Mer français, et faire des recommandations ;
  3. Aider les États, dont bien sûr la France, par notre expérience internationale dans tous les océans, à préparer des plans de gestion des sites Ramsar concernés.

Quelles autres actions peuvent permettre de contribuer à la protection des tortues marines ?

  • PT : Il faut que la conservation des tortues marines et de leurs habitats soit une cause mondiale et que chaque État mette les moyens nécessaires pour parvenir à conserver un bon niveau de population des différentes espèces. Heureusement, des spécialistes et des experts se mobilisent au quotidien pour sensibiliser le grand public et travailler à la création de nouvelles aires marines protégées. Il faudrait, pour favoriser notre travail et nous permettre de l’effectuer dans les meilleures conditions possibles, augmenter les moyens qui sont alloués à la recherche / aux spécialistes et experts ?
  • JF : La ratification de conventions, la publication de lois nationales et la rédaction de plans d’action visant la protection des tortues marines ne sont pas suffisants pour une réelle conservation des espèces. Il faut limiter la construction d’aménagements touristiques en arrière des plages de ponte, réduire fortement les pollutions côtières, mieux surveiller les captures accidentelles des chalutiers, améliorer la qualité de vie des populations côtières villageoises résidentes et diversifier leurs sources alimentaires en protéines. Pour nos Outre-Mer et les autres pays du Sud, il faut que les jeunes générations comprennent l’intérêt de sauvegarder la diversité biologique et en particulier les tortues marines, s’ils veulent que leurs enfants puissent encore nager avec elles dans une eau claire ou voir l’extraordinaire spectacle de la ponte d’une femelle sur une plage.