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Espèces envahissantes : la lutte s’organise

La jussie, une plante aquatique invasive - crédit : Thierry Degen / Terra

La jussie, une plante aquatique invasive

Crédit : Thierry Degen / Terra

Souvent sympathiques, comme l’écureuil gris ou la jacinthe d’eau, les espèces exotiques envahissantes contribuent cependant largement à l’érosion de la biodiversité. Depuis 2016, une stratégie nationale formalise la lutte contre ces intrus, mais c’est sur le terrain que les actions se mènent au quotidien.

Mars 2017 : le duathlon de Millau, une compétition combinant course à pied et VTT au cœur du causse Noir, est annulée. En cause : la présence massive de chenilles processionnaires du pin, dont les poils urticants peuvent être dangereux pour la santé. « Nous n’avions jamais assisté à une telle pullulation », se souvient Laure Jacob, chargée de mission milieux naturels, faune et flore au parc naturel régional (PNR) des Grands Causses. Relayée par les médias, cette invasion suscite un vent de panique, d’autant qu’elle se renouvelle l’année suivante et qu’un autre secteur du PNR subit les dégâts d’une autre espèce de papillon, la pyrale du buis, une espèce exotique envahissante originaire d’Asie. Le sous-préfet met en place une cellule de crise qui s’appuie sur l’expertise et le réseau du parc. Des conférences, des réunions d’information sont organisées. À Millau, un arrêté municipal impose de détruire les nids de chenille processionnaire du pin, sous peine d’amende.

Nuisible mais utile

« Assez rapidement, élus et habitants ont compris qu’il fallait renoncer à l’épandage massif d’insecticide depuis les airs, que certains avaient réclamé. Au contraire, cette double invasion a été le moyen de promouvoir la biodiversité ordinaire : nous avons distribué plus de 500 nichoirs à mésanges ainsi que des centaines d’abris à chauves-souris, qui avaient plus de succès que les pièges à phéromones ou les pulvérisations ponctuelles de traitement phytosanitaire biologique », se souvient Laure Jacob. Pour la chargée de mission, cet épisode a surtout permis la montée en compétence de tous, élus comme citoyens, sur les questions de biodiversité. « Aujourd’hui, sur tout le territoire du parc, nous sommes devenus des observateurs de chenilles », conclut-elle malicieusement.  

Des envahisseurs exotiques

Hélas, ces papillons ne sont pas les seuls envahisseurs. Partout en France, des espèces importées, volontairement ou accidentellement, concurrencent les espèces locales, perturbent les milieux naturels avec des impacts sur la santé et l’économie. Pour contrôler ces proliférations, les conservatoires d’espaces naturels de Normandie ont lancé un programme régional d’actions relatif aux espèces exotiques envahissantes. « Nous disposons d’une brigade de trois personnes qui interviennent gratuitement aussi bien auprès des collectivités que des particuliers pour lutter contre sept plantes invasives : la balsamine de l’Himalaya, la crassule de Helms, la berce du Caucase, la myriophylle du Brésil, la jussie, le galega officinal et la mimule tachetée », énumère Charlotte Bouin, qui coordonne ce programme d’action. La brigade d’intervention ne se contente pas d’arracher et de détruire : elle forme et sensibilise. « L’objectif est de transférer nos compétences aux agents communaux afin qu’ils puissent eux-mêmes se saisir du problème », souligne Charlotte Bouin.

Contrées à temps, certaines espèces exotiques envahissantes ne parviennent pas à s’installer : castor canadien ou herbe à alligator ont pu être repoussés. Pour d’autres, comme le frelon asiatique ou la perruche à collier, il est sans doute déjà trop tard…