Le

Immersion au cœur des canyons méditerranéens

Éponge en lame blanche et corail jaune, canyon de Cassidaigne, 207 m

Éponge en lame blanche et corail jaune, canyon de Cassidaigne, -207 m

Crédit : Office français de la biodiversité

À quelques kilomètres des côtes méditerranéennes, sous la surface, les canyons sous-marins creusent la roche de profondes entailles et révèlent un monde méconnu. Une vaste campagne d’exploration a permis de mieux connaître les écosystèmes de ces canyons et leurs richesses. L’exposition Plongée au cœur des canyons dévoile les résultats de ces travaux.

À la découverte des canyons sous-marins et de leur biodiversité

Vous avez dit canyon ?

Les canyons sous-marins entaillent profondément le talus continental et plongent vers les abysses. Envasés et passablement déserts ou composés de roches abruptes et foisonnants de vie, les 35 canyons étudiés au cours des campagnes ont révélé des morphologies très diverses. Certains peuvent ainsi descendre de manière soudaine, tandis que d’autres s’étirent sur de longs kilomètres avant de rejoindre les très grands fonds.

Des oasis de vie

Les canyons sous-marins constituent des canaux privilégiés pour les courants qui circulent entre la surface et les fonds. Les eaux de surface riches en oxygène et les eaux profondes chargées en nutriments y sont ainsi mises en mouvement et s’y retrouvent amplement brassées, transportant avec elles tous les éléments nécessaires à la vie. Ces vallées profondes exercent donc une influence considérable sur les échanges de masses d’eaux et sur l’écosystème marin global. Autre conséquence : dans ces vallées profondes, la circulation intense d’oxygène et de nutriments entre la surface et le fond attire une faune étonnante et diversifiée, qui peut être très abondante par endroits.

Corail blanc (Madrepora oculata) fixé sur un cable, canyon de Cassidaigne

Crédit : Office français de la biodiversité

Malgré l’absence de lumière, le froid et la pression qui règnent à quelques centaines de mètres de la surface, les canyons sont de véritables oasis de vie, qui jouent un rôle biologique très important pour les autres écosystèmes marins.

Activités humaines et canyons méditerranéens

Engins de pêche fantômes, déchets plastiques, rejets industriels… Aucun des canyons explorés au cours des missions scientifiques n’est épargné par les pollutions d’origine humaine. Or, ces vallées abritent des écosystèmes fragiles, très sensibles aux perturbations. Il est donc essentiel de prendre conscience de leur importance. Pour le maintien de la biodiversité, bien évidemment. Mais également pour la pérennité de nos activités.

Vivre dans le noir

Dans le noir des profondeurs, les végétaux ont disparu. Gorgones, éponges, coraux blancs, noirs ou jaunes : une faune bigarrée et immobile dessine sur la roche des bosquets, des forêts, qui servent d’abri et de garde-manger à d’autres espèces. Des cimetières d’huîtres géantes offrent le gîte et le couvert. Des poissons aux formes étranges rodent à la recherche d’une proie. Sous le sable ou dans la vase, toute une faune est cachée.

Le Remora 2000, sous-marin biplace

Le Remora 2000, sous-marin biplace

Crédit : Office français de la biodiversité

Dans ces canyons, la nourriture est rare et la vie se déroule au ralenti. Certaines espèces chassent d’autres broutent. D’aucunes se nourrissent des débris végétaux ou animaux qui proviennent de la lointaine surface et leur arrivent sous la forme d’une neige providentielle.

Les poissons des eaux profondes sont souvent pourvus d’immenses yeux pour capter autant de lumière que possible et leur forme très effilée leur permet de se déplacer sans faire trop d’efforts : la nourriture et l’oxygène sont rares, il faut économiser son énergie.

À la surface

Dans le périmètre des canyons à la surface, on observe une grande diversité de cétacés et d’oiseaux marins : fous de Bassan, puffins, sternes, cachalots, dauphins de Risso, globicéphales, rorquals ou baleines à bec… Ces espèces prédatrices sont révélatrices de la richesse des écosystèmes qui sont associés aux canyons et de l’abondance des proies.

Dauphins de Risso (Grampus griseus)

Dauphins de Risso (Grampus griseus)

Crédit : N. Di-Méglio / Eco Ocean Institut

Explorer, étudier, protéger : les grandes étapes

2008-2010 : cap sur les canyons

En 2008, l’Agence des aires marines protégées* lance une vaste campagne d’exploration des canyons sous-marins en Méditerranée. On sait que la biodiversité y est riche, mais aucune étude de grande ampleur n’est venue l’attester. Deux missions successives voient le jour : MedSeaCan en 2008, pour prospecter les 22 canyons au large des côtes continentales, puis CorSeaCan en 2010, pour les 12 canyons occidentaux de la Corse. Au total, ce sont 35 canyons, 7 bancs rocheux et un haut-fond qui ont été étudiés, au cours de 295 plongées (entre 29 et 800 m de profondeur).

* Les missions de l’Agence des aires marines protégées sont désormais assumées par l’Office français de la biodiversité, créé le 1er janvier 2020.

2010-2012 : des mesures de protection

Les résultats des missions confirment le caractère exceptionnel des canyons. Véritables oasis de vie, ils contribuent de manière déterminante au bon fonctionnement des écosystèmes des zones côtières. Plusieurs canyons sont alors intégrés au parc naturel marin du Golfe du Lion en 2010, puis au parc national des Calanques en 2012. Le canyon de Cassidaigne, tout près de Marseille, fait même l’objet d’une protection renforcée : avec une surface de 2 800 ha, il constitue aujourd’hui la plus grande zone de non-prélèvement de la Méditerranée française.

2012-2020 : l’odyssée se poursuit

Mieux connus désormais, les écosystèmes des canyons font l’objet d’une attention croissante. De nouvelles missions sont menées : installation de plateformes sous-marines expérimentales, campagnes de prospection en zones profondes... Des millions de kilomètres cubes restent encore à explorer et d’autres mesures de protection sont indispensables : création d’aires marines connectées, gestion durable des activités humaines, lutte contre les pollutions en mer…

Une exposition immersive et interactive pour découvrir les canyons

Proposée par le parc national des Calanques et l’Office français de la biodiversité, l’exposition Plongée au cœur des canyons nous invite à emboîter le pas des scientifiques qui ont commencé à percer les mystères des canyons. Immersive et interactive, l’exposition dresse l’état de nos connaissances sur les canyons sous-marins et questionne notre responsabilité collective dans la préservation de ces écosystèmes uniques.

Lieu de l’exposition : espace Villeneuve Bargemon - 17, rue de la Loge - Marseille 2e

Durée : du 14 février au 21 juin 2020 (y compris pendant le Congrès mondial de la nature de l'UICN, qui aura lieu à Marseille du 11 au 19 juin 2020).

Après cette première étape marseillaise, l’exposition sera installée partout où ces vallées sous-marines ont été mises en lumière : à l’été 2020, à Collioure (parc naturel marin du Golfe du Lion) ; à l’approche de l’automne, en Corse, à Bastia (tout près du parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate).