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Je mange donc je suis : l’alimentation rencontre la biodiversité au musée de l’Homme

Christophe Lavelle, commissaire de l'exposition Je mange donc je suis

Christophe Lavelle, commissaire scientifique de l'exposition

Crédit : Jean-Christophe Domenech / MNHN

Source de pratiques culturelles diverses et de controverses environnementales multiples, l’alimentation est au cœur de la nouvelle exposition « Je mange donc je suis » au musée de l’Homme, à Paris. Entretien avec Christophe Lavelle, commissaire scientifique de cette exposition à découvrir jusqu’au 1er juin 2020.

Quel cheminement propose l’exposition ?

Christophe Lavelle : Je mange donc je suis, c’est 650 mètres carrés d’exposition divisés en trois espaces et ambiances singulières. De l’échelle individuelle, où coexistent des notions de physiologie, de goût ou de rapport à l’animal, le visiteur bascule vers l’échelle collective pour se familiariser avec les manières de table, les façons de cuisiner et l’importance de la dimension religieuse avec tous les interdits alimentaires et rituels qu’elle introduit. Finalement, on conclut la visite par l’échelle planétaire qui aborde la notion de biodiversité, les systèmes agricoles et d’élevage et les comportements alimentaires en déambulant dans des rayons de supermarché recréés pour l’occasion. C’est un parcours à la fois géographique et historique qui mêle nature et culture, de la Préhistoire jusqu’à l'anticipation du futur. Enfin, ce sont de multiples dispositifs interactifs et dynamiques qui rythment ce voyage et nous parlent, chacun à leur manière, d’alimentation : collections d’objets historiques et d’œuvres contemporaines, diorama*, supports audiovisuels, etc.

Pourquoi cette exposition ? Quels en sont les principaux enjeux ?

C. L. : L’alimentation est un sujet intemporel et constamment d’actualité. Pourtant, cela fait 25 ans que le musée de l’Homme n’en avait pas fait une exposition ! Nous avons donc voulu remettre le sujet au goût du jour avec les connaissances et les tendances d’aujourd’hui. Pour cela, la manière la plus simple d’être original était de concevoir une exposition « maison ». Nous avons donc puisé dans nos collections pour montrer l’état des savoirs scientifiques de manière interdisciplinaire, en exposant leurs limites mais aussi les nuances qu’ils apportent sur les questions d’alimentation. Néanmoins, le but n’est pas de délivrer des injonctions comportementales, mais bien de fournir des armes pour nourrir les débats de manière raisonnée et ne pas fantasmer sur des sujets « tartes à la crème » comme l’alimentation du futur. Des sujets qui s’affranchissent trop souvent des aspects culturels pour basculer dans le sensationnel.

Quels messages souhaitez-vous faire passer en matière de biodiversité ?

C. L. : Dès la Préhistoire, l’homme évoluait dans un environnement naturel peu perturbé et dans une logique de chasse, de pêche et de cueillette. Il se nourrissait d’un écosystème et jouissait d’une biodiversité abondante, mais d’un apport calorique limité. Or, ce que nous vivons aujourd’hui est l’inverse : un apport calorique abondant fourni par une agrobiodiversité très limitée, reposant sur des méthodes de production intensives qui entrainent en outre la destruction d’écosystèmes entiers, tels la forêt amazonienne pour la production de soja ou les mangroves indonésiennes pour l’élevage de crevettes. Une prise de conscience de la non-durabilité de ces pratiques émerge doucement et c’est tout un débat qui est en cours pour trouver les meilleures options d’avenir qui dépendent d’enjeux à la fois écologiques, sociaux et économiques et nous engagent tous en tant que consomm'acteurs.

* Reconstitution, en volume, d’une scène (historique, géologique, naturaliste) mettant en valeur un modèle d’exposition dans son environnement usuel.