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Les atlas de la biodiversité communale : de formidables outils à l’échelle locale

Prairie tourbeuse, commune de Noirétable

Prairie tourbeuse, commune de Noirétable

Crédit : Kévin Marie-Louise-Henriette

Les atlas de la biodiversité communale (ABC) permettent aux communes et intercommunalités de mieux connaître leur patrimoine naturel et d’en identifier les enjeux. Le tout, afin de mieux le préserver et le valoriser en sensibilisant les habitants et en mobilisant les élus. La preuve par l’exemple en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Depuis 2017, 153 collectivités en France ont bénéficié du soutien de l’Office français de la biodiversité (OFB) pour mettre en place un ABC, ce qui couvre le territoire de 1 407 communes. Le dernier appel à projets lancé en juillet 2020 a permis le financement de 46 nouveaux projets avec une enveloppe dédiée de 2,5 millions d’euros. Retour sur trois exemples en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Dans la Loire, un ABC a permis l’acquisition de connaissances précieuses

Loire Forez agglomération (26 communes, 40 000 hectares) est engagée dans la réalisation d’un ABC depuis 2019. « Le nord et le sud de l’agglomération n’avaient bénéficié d’aucun suivi naturaliste. Très ruraux, ces territoires restaient méconnus », avance Kévin Marie-Louise-Henriette, chargé de mission biodiversité de France nature environnement (FNE) Loire, qui pilote les inventaires naturalistes pour l’intercommunalité dans le cadre de l’ABC. Il a d’abord fallu récupérer toutes les données existantes auprès d’acteurs comme le Conservatoire botanique et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), puis structurer le territoire en mailles d’un kilomètre carré. « Beaucoup de carrés étaient vides, sans aucune espèce répertoriée. Les oiseaux étaient assez bien connus, grâce à la LPO, mais il y avait de grosses lacunes sur les insectes, les amphibiens et les reptiles », explique Kévin Marie-Louise-Henriette. En prospectant avec d’autres naturalistes, il a recensé plusieurs espèces à fort enjeu patrimonial : le cuivré de la Bistorte (un papillon de jour rare, connu dans une poignée de territoires en France), l’azuré des mouillères (un petit papillon menacé à l’échelle nationale par l’assèchement des milieux humides), le triton crêté (un amphibien menacé par les modifications des pratiques agricoles, avec l’abandon et l’assèchement des mares), la chouette de Tengmalm ou encore la chevêchette d’Europe. Pour son projet d’ABC, Loire Forez agglomération a bénéficié d’un financement à 80 % de l’OFB pour un budget de  300 000 euros sur trois ans. « On manque souvent de moyens pour les suivis naturalistes. Grâce au financement de l’État, on peut balayer l’ensemble du territoire de manière exhaustive. Et le fait de devoir caractériser les différents milieux pour l’ABC (prairies humides, prairies sèches, tourbières, etc.) nous oblige également à être très exhaustifs », apprécie Kévin Marie-Louise-Henriette. Car l’objectif final de l’ABC est bien de mettre en place des plans d’action pour préserver et restaurer ces milieux.

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Cuivré de la bistorte (Lycaena helle)

Cuivré de la bistorte (Lycaena helle)

Crédit : Kévin Marie-Louise-Henriette

Dans l’Allier, un ABC a largement mobilisé les citoyens

La communauté des communes du Bocage bourbonnais (25 communes), territoire rural constitué de prairies et de cultures délimitées par des haies, s’est inscrite dans une démarche d’ABC en 2018. Avec un objectif : mieux connaître le bocage en vue de son appropriation et de sa préservation. Un comité de pilotage de l’ABC a d’abord été établi, incluant tous les acteurs, élus, associations environnementales,  fédération des chasseurs, chambre d’agriculture, etc. Des partenariats ont aussi été tissés avec le Réseau faune Auvergne, la LPO et Symbiose, une association locale qui réalise un atlas de la biodiversité agricole. « Nous avons notamment travaillé avec le conservatoire d'espaces naturels (CEN) Allier car pour s’approprier le bocage, les habitants doivent savoir ce qu’ils peuvent y trouver, explique Magalie Decerle, directrice des services à la communauté des communes du Bocage bourbonnais. Nous avons mis en place une démarche participative pour collecter un maximum de données. Le CEN a créé un outil cartographique, sur lequel les citoyens peuvent saisir des données (espèces, habitats) avec photographies, qui sont ensuite validées par le CEN. Hors confinement, les citoyens se sont bien mobilisés ». Des jeunes en service civique ont fait de l’animation sur le terrain : sentiers d’interprétation, concours photo, marathons naturalistes… De petits livrets vont être édités sur les différents milieux (pelouses sèches, prairies humides…) et sur certaines espèces, comme la pie-grièche à tête rousse. Le Bocage bourbonnais est en effet l’un des derniers territoires où l’on trouve cet oiseau.

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Bocage bourbonnais dans l'Allier

Bocage bourbonnais dans l'Allier

Crédit : Romain Deschamps / CEN Allier

Dans le Cantal, un ABC a été intégré aux stratégies d’aménagement locales

Le syndicat des territoires de l'Est Cantal (Sytec, 88 communes,  226 000 ha) s’est lancé dans la démarche d’ABC en 2017, dans le cadre de l’élaboration du schéma de cohérence territoriale (SCoT). « C’est un territoire de moyenne montagne très naturel, encore préservé, faiblement peuplé (15 habitants/km2), avec beaucoup d’espaces classés Natura 2000 et de réserves, en partie sur le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, décrit Marie-Aimée Lemarchand, chargée de mission SCoT Est Cantal au Sytec. L’ABC constitue un outil de diagnostic, complémentaire au projet de planification du SCoT, pour intégrer les enjeux biodiversité dans les réflexions et les stratégies d’aménagement du territoire. » Concrètement, les connaissances acquises dans le cadre de l’ABC ont permis d’ajouter au SCoT 3 000 hectares de trame verte et 110 hectares de trame bleue à préserver, sur des secteurs où des espèces à enjeux ont été identifiées. « L’inventaire naturaliste a permis d’enrichir les connaissances sur la biodiversité du territoire, notamment au bord des chemins et en dehors du parc et des sites Natura 2000. Des espèces jamais rencontrées sur le territoire ont pu être recensées, comme la rosalie des Alpes, un coléoptère bleu, très rare », souligne Marie-Aimée Lemarchand. Le Sytec a mis en place des animations auprès du grand public et des scolaires, ainsi qu’un programme de sciences participatives qui a mobilisé près de 130 contributeurs et permis de collecter 2 400 données. Une fois validées, ces données sont transmises au Muséum national d’histoire naturelle dans le cadre de son programme de l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN).

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