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« Les pratiques des agriculteurs peuvent avoir un effet positif sur l’environnement. »

Primevère officinale (Primula veris) en bordure d'un champ

Primevère officinale (Primula veris) en bordure d'un champ

Crédit : Arnaud Bouissou / Terra

Le système des paiements pour services environnementaux (PSE) rendus par les exploitants agricoles doit accélérer la transition agro-écologique. Explications d’Alexandre Bacher, expert biodiversité à l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

En quoi consistent les paiements pour services environnementaux (PSE) ?

Alexandre Bacher - C’est un dispositif expérimental qui propose une nouvelle logique de rémunération de l’agriculture. Présenté en 2018 dans le Plan biodiversité, il est mis en œuvre par les six agences de l’eau en France, avec un budget global de 150 millions d’euros sur 5 ans, dont 30 millions en Rhône Méditerranée Corse.

L’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse a lancé un appel à initiatives. Quels projets avez-vous retenu, fin 2019 ?

A.B. - Nous avons sélectionné 21 candidatures sur 30 reçues. Chaque candidat a désormais jusqu’au 31 mars 2021 pour élaborer son projet de territoire, avant de signer un contrat de PSE de 5 ans avec les exploitants agricoles. Sur les 21 projets, dix concernent à la fois la biodiversité et l’eau, cinq uniquement l’eau et six uniquement la biodiversité. Il y a par exemple la communauté de communes de Grand Pic Saint-Loup (Hérault), qui considère que les agriculteurs peuvent constituer un levier pour préserver la biodiversité sur un secteur très riche et sensible (quatre sites Natura 2000, une vingtaine de zones naturelles d’intérêt écologique, un vaste réseau hydrographique). Elle a donc prévu de signer un PSE avec au moins 40 vignerons, soit 10 % des exploitants du territoire. L’enjeu est que les porteurs de projets (collectivités, syndicats d’eau potable, syndicats de parcs naturels régionaux ou communautés d’agglomération) emmènent avec eux un maximum d’agriculteurs volontaires pour maintenir leurs bonnes pratiques ou opérer la transition vers des pratiques plus vertueuses  ; ils seront rémunérés pour réduire leur utilisation de produits phytosanitaires, que l’on retrouve ensuite dans les eaux de captage. Dans le Pays de Gray (Haute-Saône), un secteur de grandes cultures (céréales, maïs…) compte 23 captages prioritaires ; l’objectif ambitieux sera de signer un PSE avec 350 exploitants qui réduiront leur utilisation d’engrais et de pesticides, améliorant ainsi la qualité de l’eau.

Comment rémunérer les agriculteurs pour services environnementaux rendus ?

A.B. - On considérera la surface agricole utile de l’exploitation et on lui attribuera deux notes chaque année, selon divers indicateurs : une première note sur les infrastructures écologiques, en considérant leur surface et la variété des milieux naturels sur l’exploitation (haies, mares…) ; une seconde sur les pratiques agronomiques (moins on utilise d’intrants, plus les sols présentent des couverts, meilleure est la note). On financera davantage la transition des pratiques ou la création des infrastructures agro-écologiques, mais le maintien des bonnes pratiques et l’entretien des infrastructures sera également rémunéré. Selon les cas, les agriculteurs gagneront ainsi de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. Le système PSE valorisera les agriculteurs responsables, respectueux de l’environnement. Aujourd’hui, on considère que les pratiques des agriculteurs peuvent avoir un effet positif sur l’environnement. C’est un changement de paradigme.