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À Mayotte, l’observation respectueuse des baleines à bosse

Baleine à bosse - crédit : Yannick Stephan / Mayotte découverte

Baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) à Mayotte

Crédit : Yannick Stephan / Mayotte découverte

Mayotte a été choisie il y a un an et demi comme site pilote outre-mer pour mettre en œuvre le label High Quality Whale Watching, créé à l’origine pour la Méditerranée. Une initiative du parc naturel marin de Mayotte pour protéger les baleines à bosse et les autres mammifères marins du lagon mahorais.

Le spectacle des baleines à bosse, espèce migratrice qui fréquente l’océan Indien de fin juillet à début novembre pour se reproduire et mettre bas, attire de nombreux touristes chaque année à Sainte-Marie, une île à l’est de Madagascar. À Mayotte, le tourisme commence juste à se développer. Dix opérateurs nautiques proposent des sorties d’observation de mammifères marins toute l’année, notamment les baleines à bosse. Cette activité représente aujourd’hui une des principales menaces pour l’espèce, qui n’est plus chassée depuis le moratoire de la Commission baleinière internationale (CBI) imposé en 1982.

Il y aurait quelques 80 000 baleines à bosse dans le monde, d’après la CBI. « Les pratiques d'observation peuvent perturber les baleines en interrompant des moments vitaux comme l’allaitement, la reproduction ou l’alimentation, avec des conséquences à long terme, avertit Léa Ramoelintsalama, chargée de mission activités nautiques au parc naturel marin de Mayotte. Perturbées, les baleines à bosse et leurs petits pourraient avoir des difficultés à effectuer la migration vers leur site d’alimentation en Antarctique et pourraient choisir d’autres sites de migration hivernale les années suivantes, comme certaines zones côtières malgaches. »

La mise à l’eau, une pratique nuisible

Reconnu par le ministère de la Transition écologique et solidaire, le label High Quality Whale Watching, créé en 2015 pour la Méditerranée, a été adapté à Mayotte par le parc naturel marin en octobre 2018. Objectif de cette première en outre-mer : encourager les activités nautiques respectueuses. Pour l’heure, trois opérateurs sur les dix que compte Mayotte ont signé le label : Maitai croisières, Planète bleue (des catamarans) et Cétamayotte (un semi-rigide) proposent des sorties naturalistes sans traquer les animaux. La certification High Quality Whale Watching les engage en effet à se tenir à une distance d’au moins 100 mètres de tout mammifère marin – c’est l’animal qui choisit de s’approcher du bateau – et à ne pas mettre à l’eau de touristes.

En cela, le label va plus loin que l’arrêté préfectoral pris à Mayotte en octobre 2018 qui interdit à tout bateau, engin nautique et nageur d’approcher à moins de 100 mètres des baleines et à moins de 50 mètres des grands dauphins de l’Indo-Pacifique ou des dugongs. « La mise à l’eau est la pratique qui les perturbe le plus, d’après les études scientifiques. Les opérateurs ciblent souvent une femelle baleine à bosse avec son petit qui vient de naître, faciles à observer car ils restent en surface, le petit allant peu profond en apnée. Or c’est le groupe le plus vulnérable. La baleine vient de mettre bas, elle allaite : elle est fatiguée et n’a pas besoin de stress », souligne Léa Ramoelintsalama. Il reste sept opérateurs nautiques mahorais à convaincre de renoncer à cette pratique nuisible pour les mammifères marins.