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À Mayotte, survoler les plages de ponte pour protéger les tortues marines

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Retour à la mer d'une tortue verte après sa ponte sur la plage de Titi Moya

Crédit : Julie Molinier

Depuis le mois de septembre, le parc naturel marin de Mayotte développe un nouveau programme de suivi aérien par ULM. Objectif : mieux protéger les tortues marines, des espèces menacées. Explications.

Le département de Mayotte constitue un véritable joyau de l’archipel des Comores, dans l’océan Indien. Il dispose du second plus grand lagon fermé du monde, d’une superficie totale de 1 100 km2, qui abrite une multitude d’espèces. Le lagon accueillerait chaque année environ 3 000 tortues marines appartenant à deux espèces : la tortue verte (Chelonia mydas) et la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata). Un chiffre pouvant s’élever à 5 000 pendant les périodes de ponte. Dès qu’elles sont en âge de se reproduire, ces tortues entreprennent, tous les 3 à 5 ans, un long voyage pour se rendre sur ces plages qui les ont vu naître.

Des espèces menacées

Les menaces qui pèsent sur ces espèces protégées – dont la destruction, la détention, le transport, la manipulation, la capture ou le simple dérangement sont formellement interdits – sont nombreuses. « Depuis plusieurs années, avec le changement climatique, les dynamiques littorales évoluent. En plus d'une urbanisation galopante, les côtes subissent la montée des eaux au détriment des hauts de plages, favorables à la ponte des tortues », déplore Marc-Henri Duffaud, chargé de mission espèces et habitats marins au parc naturel marin de Mayotte. La fréquentation grandissante des plages constitue elle aussi une menace. À cela s’ajoutent les nombreux actes de braconnage pour s’accaparer les œufs des tortues et leur chair, dont la consommation reste traditionnelle et très répandue dans l’archipel. Les braconniers risquent pourtant entre un et deux ans de prison ferme et jusqu'à 150 000 euros d'amende, alors que viande peut se vendre au marché noir aux environs de 40 euros le kilo.

Une surveillance au long cours

À Mayotte, les tortues marines font l’objet d’un plan de protection national dans le cadre duquel un grand nombre d’acteurs collaborent. « De 2003 à 2008, le conseil départemental de Mayotte a déjà réalisé un suivi aérien qui a permis de planifier des actions. Mais 10 ans plus tard, il est devenu nécessaire de survoler une nouvelle fois le littoral pour réaliser un recensement exhaustif des traces de montée des tortues, mettre à jour les connaissances actuelles et définir les plages qu’elles fréquentent le plus », précise Marc-Henri Duffaud. Sur ses 210 kilomètres de littoral, Mayotte compte près de 200 plages, dont plus des deux tiers sont connues comme des lieux de de montée et de ponte réguliers des tortues vertes et imbriquées. Autant de sites souvent difficiles d’accès qu’il est compliqué, voire impossible, de surveiller et d’étudier en intégralité. Les principaux lieux de montée, une fois bien identifiés, deviendront des zones de référence pour effectuer un suivi au long cours par voie terrestre et être la cible de programmes de protection particuliers tels que le gardiennage des plages ou la sensibilisation du public.