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Pandémies : passer de la réaction à la prévention

Vautours dans les parois rocheuses du causse Méjean

Crédit : Arnaud Bouissou / Terra

Réduire le risque d’apparition de nouvelles pandémies, c’est possible. Dans un rapport paru fin octobre 2020, des experts de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) identifient des leviers d’action pour passer de la réaction à la prévention. Explications.

La pandémie de Covid-19 est au moins la sixième pandémie mondiale depuis la pandémie de grippe de 1918. On estime aujourd’hui à 1,7 million le nombre de virus « non découverts » présents chez les mammifères et les oiseaux. Parmi eux, pas moins de 827 000 pourraient être en capacité d'infecter l’être humain. Si la pandémie de Covid-19 n’est pas la première, elle ne sera sans doute pas la dernière. Cependant, des solutions existent pour prévenir de nouvelles pandémies. Car bien qu'elles trouvent leur origine dans des microbes portés par des animaux, les pandémies modernes sont directement liées aux activités humaines. Il est donc en notre pouvoir d'éviter leur émergence.

Changer d’approche

« Notre approche actuelle des pandémies consiste encore à essayer de contenir et de contrôler les maladies après qu’elles sont apparues, par le biais de vaccins et de thérapies », pointe le dernier rapport de l’IPBES. Une gestion dans l’urgence qui, outre les souffrances humaines qu’elle engendre, coûterait par ailleurs 100 fois plus cher que la prévention de l’épidémie elle-même, s’accordent les experts. Nous avons donc tout intérêt à changer de stratégie. Pour prévenir une pandémie, il faut d’abord en comprendre les origines. Et en premier lieu, le lien de cause à effet entre dégradation de la nature et contamination de l’être humain par de nouveaux pathogènes. En effet, « les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains, détaille le rapport. C'est un chemin qui conduit droit aux pandémies. » Pour prévenir le risque de pandémie, il est donc crucial de réduire les contacts entre les animaux sauvages, le bétail et les êtres humains. Et pour cela, point de remède miracle : l’action doit se concentrer sur la réduction des activités à risque comme la déforestation ou le commerce d’animaux sauvages.

Se donner les moyens d’agir

La bonne nouvelle, comme le pointe également le rapport, c’est que « le fait que l'activité humaine ait pu modifier aussi fondamentalement notre environnement naturel prouve notre capacité à opérer les changements nécessaires pour réduire le risque de futures pandémies, tout en protégeant la nature et en réduisant les changements climatiques. » Mais pour ce faire, encore faut-il se donner les moyens d’agir. C’est tout le sens de la mobilisation de l’IPBES, qui a identifié une série d’options favorisant le passage des paroles aux actes. Parmi ces mesures, l’IPBES propose par exemple de créer un conseil intergouvernemental de haut niveau sur la prévention des pandémies. Objectifs : fournir aux décideurs les meilleures données scientifiques sur les maladies émergentes, prévoir les zones à haut risque ou encore mettre en évidence les lacunes en matière de recherche.