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Sciences participatives : les chercheurs ont besoin de notre aide

Plages vivantes : identification des algues de la laisse de mer dans la zone d’observation

Plages vivantes : identification des algues de la laisse de mer

Crédit : Isabelle Leviol / MNHN

Pas nécessaire d’avoir fait de longues études scientifiques pour apporter sa pierre à l’édifice de la recherche sur la biodiversité. Les sciences participatives, c’est aider les chercheurs depuis chez soi de manière ludique en enrichissant leurs données et leurs connaissances. Et en matière de biodiversité, les observatoires Vigie-Nature permettent de découvrir la diversité des dispositifs de sciences participatives ! Focus sur quatre d’entre eux.

Vigie-Nature est un programme global de sciences participatives porté par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Son objectif : observer et suivre la biodiversité qui nous entoure à l’échelle nationale. En enrichissant les données des chercheurs du MNHN, le réseau des observateurs participe ainsi à l’amélioration des connaissances sur la biodiversité et à une meilleure compréhension des changements locaux et globaux à l’œuvre. En ville comme à la campagne, pour les observateurs débutants ou aguerris, pour les citoyens volontaires ou les professionnels, Vigie-Nature s’appuie sur des protocoles simples et scientifiquement rigoureux à la portée de tous les curieux de biodiversité. Alors, pourquoi pas vous ?

À l’affût des insectes pollinisateurs avec le Spipoll

Un spipollien photographiant les insectes pollinisateurs

Un spipollien photographiant les insectes pollinisateurs

Crédit : Mathieu de Flores

De plus en plus menacés, les insectes pollinisateurs occupent une place déterminante dans l’organisation des écosystèmes. Ainsi, pour enrichir la recherche des écologues, le Spipoll (Suivi photographique des insectes pollinisateurs) a été lancé en 2010 à destination du grand public. En collaboration avec l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), le programme vise à constituer un « immense jeu de données sur l’ensemble des cortèges d’insectes pollinisateurs ou floricoles pour étudier leur diversité et les réseaux de pollinisation en France », indique Mathieu de Flores, chargé de mission sciences participatives à l’Opie. Le principe : choisir une espèce de plante en fleur, photographier tous les insectes qui s'y posent durant 20 minutes, les identifier puis partager ses collections de photos en ligne grâce aux outils fournis. Un protocole simple, ludique mais tout de même scientifique et rigoureux qui permet « l’exploitation, la reproduction et la comparaison des données entre elles par les chercheurs », assure Mathieu de Flores. Des données dont la puissance de frappe est d’autant plus forte que l’on dénombre des milliers d’observateurs réguliers en France. Que ce soit avec un appareil photo ou l’application mobile, la démarche naturaliste change le regard des participants sur la biodiversité qui les entoure, à tel point « qu’ils deviennent même d’excellents spécialistes de l’observation et du comportement de certains groupes d’insectes ! » confie Mathieu de Flores. Photographes amateurs, à vous de dégainer !

Ouvrir les yeux sur la flore urbaine avec Sauvages de ma rue

Plantes sauvages en fleurs au pied d'un arbre en ville

Plantes sauvages en fleurs au pied d'un arbre en ville

Crédit : Olivier Brosseau / Terra

Bien qu’elle puisse se faire timide, la biodiversité urbaine tient une place singulière dans nos villes. C’est pourquoi le réseau des botanistes francophones Tela Botanica invite les citadins à recenser les plantes sauvages de leurs quartiers grâce à son observatoire participatif Sauvages de ma rue. En partenariat avec les laboratoires du Centre d'écologie et de sciences de la conservation (Cesco) du Muséum national d’histoire naturelle, le programme souhaite « faire de la botanique un bien commun accessible à tous en s’appuyant sur un protocole scientifique », explique Élodie Masseguin, coordinatrice des programmes participatifs à Tela Botanica. Fort de plus de 100 000 données depuis 2011, Tela Botanica met à disposition des outils numériques. Il existe également un guide d’aide à l’identification de plantes communes en ville (Guide des plantes sauvages des villes de France, Le Passage Eds) en complément de l’application gratuite PlantNet, qui aide à identifier les plantes photographiées. De quoi rassurer les participants qui peuvent, en plus et s’ils le souhaitent, faire appel au réseau des botanistes de Tela Botanica suite à la transmissions de leurs données en ligne. Sensibiliser est un enjeu majeur pour l’association puisque le programme change les perceptions sur les plantes de villes, « trop souvent considérées comme de mauvaises herbes », selon Élodie Masseguin. « On se rend compte que la biodiversité autour de nous est très importante : au pied des arbres, sur les trottoirs, dans les pelouses mais aussi autour des fleurs où l’on retrouve des insectes, des pollinisateurs et même des oiseaux », renchérit-elle. Et la boucle du programme de sciences participatives ne s’arrête pas là puisque, chaque année, une lettre de résultats contenant des analyses vulgarisées est envoyée aux participants. « C’est une manière de montrer la finalité des données des observateurs, de les encourager et de les fidéliser », conclut Élodie Masseguin. Botanistes en herbe, à vous de jouer !

Changer de regard sur les algues et autres débris échoués avec Plages Vivantes

Renseignements des observations réalisées dans un quadrat

Renseignements des observations réalisées dans un quadrat

Crédit : Pauline Poisson / MNHN

Mieux comprendre et prédire les effets des changements environnementaux locaux et globaux, cela passe aussi par l’étude de la biodiversité des laisses de mer. Ces accumulations de débris naturels et anthropiques échouées avec les marées sur le haut des plages est au cœur du récent observatoire participatif Plages Vivantes, lancé en 2019 par le MNHN. En plus d’être à la base d’un large réseau trophique et de participer à la stabilisation du trait de côte, c’est avant tout le refuge d’une riche biodiversité. « Nous nous sommes rendu compte que cette laisse de mer n’était pas tellement étudiée et souvent considérée comme une forme de déchet sur les plages », raconte Pauline Poisson, coordinatrice de l’observatoire à la station marine de Concarneau. Aujourd’hui touché par des pressions climatiques et anthropiques, il semble nécessaire de documenter et comprendre les dynamiques de cet écosystème pour mieux le conserver. « L’objectif est de proposer différents protocoles de suivi de la biodiversité sur les différents compartiments biologiques qui gravitent autour de cette laisse de mer : les algues qui la composent, les invertébrés qui la décomposent, les oiseaux qui y nidifient et se nourrissent des invertébrés et les plantes pionnières des hauts de plages qui se nourrissent de la dégradation des algues », poursuit Pauline Poisson. Actuellement, le premier protocole ALAMER (Algues de la laisse de mer) est ouvert aux scolaires et au grand public. Il guide les participants pour délimiter des zones d’observation sur la laisse de mer fraîche afin d’y identifier une quarantaine d’espèces ou groupes d’algues. Ces données permettront d’enrichir le programme de recherche associé du MNHN qui vise à « reconnecter les citoyens aux enjeux de conservation de cette composante naturelle délaissée du littoral », affirme Pauline Poisson. Amateurs des bords de mer, découvrez cette originale activité de plage !

Admirer les espèces des champs avec l’Observatoire agricole de la biodiversité

Abeilles solitaires dans un nichoir en bordure d'un champ

Abeilles solitaires dans un nichoir en bordure d'un champ

Crédit : B. Lamouroux

Recenser la biodiversité n’est pas exclusivement réservé aux particuliers mais aussi aux professionnels en lien direct avec l’environnement. L’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB), premier projet national porté par le MNHN qui implique les acteurs du monde agricole dans l’observation et le suivi de la biodiversité de leurs parcelles, en est la preuve. Initié par le ministère de l’Agriculture en 2009, il cherche à pallier le manque d’indicateurs de la biodiversité agricole, précieux outils pour les décideurs et conseillers en agriculture dans l’orientation des politiques publiques. « L’observatoire propose des protocoles simples aux professionnels agricoles et forme des animateurs locaux pour accompagner les agriculteurs intéressés : associations, chambres d’agriculture, fédération de chasseurs, etc., précise Nora Rouillier, chargée de mission OAB au MNHN. « Quatre protocoles existent d’ores et déjà pour les papillons de jour, les abeilles solitaires, les invertébrés du sol, les vers de terre et un cinquième protocole sur les chiroptères (chauve-souris) est en phase de test. » L’objectif ? Collecter des données sur la biodiversité ordinaire présente sur les parcelles en lien avec les pratiques culturales et sensibiliser les acteurs du monde agricole sur les services écosystémiques rendus par ces espèces. « C’est aussi une manière pour qu’ils puissent, en toute connaissance de cause, adapter leurs pratiques ou mettre en place des infrastructures agroécologiques pour favoriser la biodiversité et participer à la durabilité des systèmes agricoles », signale Nora Rouillier. Acteurs du monde agricole, redécouvrez vos parcelles !

OPEN, le portail national des sciences participatives

Créé par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) dans le cadre du projet 65 millions d’observateurs, le portail Observatoires participatifs des espèces et de la nature (OPEN) rassemble 154 programmes de sciences participatives autour de l’étude de la biodiversité. Animé par le MNHN, la Fondation pour la nature et l’homme et l’Union nationale des centres permanents d'initiatives pour l'environnement (UNCPIE), avec le soutien de l’Office français de la biodiversité et de la Fondation de France, ce site référence les observatoires de sciences participatives nationaux, régionaux et locaux. La plateforme OPEN permet à tous de participer à une diversité de projets ou d’en initier un nouveau. Pour cela, nul besoin de créer un compte ! Il suffit de trouver l’observatoire de son choix selon ses préférences (espèces concernées, localisation, thématique, etc.) sur la page « Écosystème » du site web et de cliquer sur « Je participe ». Dès lors, l’utilisateur est redirigé vers le site officiel de l’observatoire et peut prendre connaissance des informations avant de débuter ses observations.