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Vol au-dessus d’un nid de pétrel

Relâchage d'un jeune pétrel de Barau - crédit : Bruno Navez (CC BY-SA 3.0)

Relâchage d'un jeune pétrel de Barau

Crédit : Bruno Navez (CC BY-SA 3.0)

Ils sont entre 15 000 à 20 000 couples sur l’île de La Réunion et, pourtant, le pétrel de Barau est une espèce en danger. En cause : les éclairages urbains, qui perturbent sa migration. Depuis 10 ans, les associations locales œuvrent pour la protection de l’oiseau.

Pour le pétrel de Barau, oiseau gris et blanc de La Réunion, être niché à plus de 2 500 mètres d’altitude n’est pas forcément gage de sécurité. Outre les chats errants et les rats qui le chassent, les activités humaines sont également responsables de son déclin. En cause : les lumières éblouissantes des terrains de foot, des éclairages publics, des monuments, magasins et autres commerces. Un cas qui touche également le pétrel noir de Bourbon (Pseudobulweria aterrima), espèce en danger critique, dont la population ne dépasse pas les 200 couples. Chaque année, en avril, les pétrels de Barau (Pterodroma baraui) quittent l’île pour rejoindre l’océan. Si les adultes sont rodés à l’exercice, pour les plus jeunes, l’exercice est périlleux. « Instinctivement, les pétrels s’envolent en se dirigeant vers la mer. Ils sont attirés par le reflet de la lune qui éclaire l’eau. Mais à cause des lumières urbaines, ils se dirigent droit vers les éclairages publics, comme sur les terrains de foot. Avec leurs pattes palmées, impossible pour eux de s’envoler, ils restent à terre » explique Christian Léger, président de la Société d’études ornithologiques de La Réunion (SEOR). Depuis 20 ans, l’association recueille et soigne ces oiseaux, naufragés des villes, tout en sensibilisant. Et le travail paye : « À Cilaos, commune du centre de l’Île, nous recueillions entre 150 et 200 pétrels échoués sur une année, aujourd’hui c’est une vingtaine » ajoute le bénévole. Si les chiffres sont éloquents, ils sont surtout le fruit de nombreuses actions de terrain.

Un travail de l’ombre

L’association participe chaque année aux Nuits sans lumières, organisées conjointement avec le parc national de La Réunion, dont c’est la 11e édition en 2019. Comme son nom l’indique, les commerçants, riverains et entreprises sont invités à éteindre leurs lumières à la tombée de la nuit, vers 19h30. « À l’époque, l’évènement durait une seule soirée. Aujourd’hui, ce sont 25 nuits, entre début avril et début mai, période à laquelle les jeunes s’envolent. » Tout le monde joue le jeu : « les associations sportives qui éteignent les lumières de leurs terrains, les restaurateurs qui adaptent et tournent leurs éclairages pour ne pas gêner l’oiseau et même le curé qui éteint les lumières de la croix de l’église du village ». Et pour ceux qui ne pourraient éteindre leurs luminaires, l’association travaille avec eux sur des alternatives comme avec les équipes de la zone portuaire de la ville du Port, devant éclairer leurs infrastructures pour des raisons de sécurité. Si les riverains sont sensibilisés, les touristes sont également attentifs au sort de l’oiseau. « Quand nous recueillons des pétrels et qu’ils sont suffisamment en bonne santé pour être relâchés, nous organisons un lâché en présence des touristes, cela participe à la sensibilisation. » Les messages passent et le réseau de sauvetage fonctionne bien. L’année dernière à La Réunion, seulement 450 pétrels ont été recueillis, contre 800 à 1 000 habituellement. Les riverains prennent le réflexe de déposer les pétrels échoués chez les pompiers, à la gendarmerie ou chez les vétérinaires. L’animal est ensuite récupéré par l’association. « On commence à connaître notre numéro de téléphone » ajoute en souriant Christian Léger. Preuve que la protection du pétrel continue son envol.